Guide LMNP
Plus-value LMNP et LF 2025 : ce que la réintégration des amortissements change vraiment
LF 2025 article 84 : les amortissements LMNP pratiqués sont désormais réintégrés dans la plus-value à la revente. Impact chiffré, abattements pour durée de détention, exception des résidences services, stratégies pour minimiser l'impôt à la sortie.
· 7 min de lecture
La loi de finances pour 2025 (article 84) a introduit l'un des changements les plus structurants de la fiscalité LMNP des 20 dernières années : les amortissements pratiqués sous le régime réel sont désormais réintégrés dans le calcul de la plus-value à la revente du bien. Concrètement : ce que vous économisez chaque année en impôt grâce à l'amortissement, vous le payez partiellement à la sortie. Cette nouveauté ne supprime pas l'intérêt du régime réel, mais elle redéfinit profondément la stratégie de revente. Décryptage en 5 minutes.
1. Ce qui change exactement
Avant le 15 février 2025, la plus-value LMNP se calculait selon le régime classique des plus-values immobilières des particuliers :
plus_value_brute = prix_vente − prix_acquisition C'était l'un des grands avantages du LMNP : on bénéficiait de l'amortissement pendant la détention sans avoir à le rembourser à la revente. Avec la LF 2025, la formule devient :
plus_value_brute = (prix_vente − frais_vente)
− (prix_acquisition + frais_acquisition + travaux)
+ amortissements_cumulés_pratiqués Le prix d'acquisition retenu est donc diminué des amortissements cumulés, ce qui augmente mécaniquement la plus-value imposable.
2. Impact chiffré sur un cas typique
Studio acheté 180 000 € en 2025, revendu 230 000 € en 2035. Amortissements cumulés en 10 ans : 76 000 €. TMI au moment de la revente : sans objet pour la plus-value (taux fixes : IR 19 %, PS 18,6 %).
| Calcul | Avant LF 2025 | Depuis LF 2025 |
|---|---|---|
| Prix d'acquisition corrigé | 180 000 € | 180 000 − 76 000 = 104 000 € |
| Plus-value brute | 50 000 € | 126 000 € |
| Abattement IR (10 ans = 30 %) | −15 000 € | −37 800 € |
| PV imposable IR | 35 000 € | 88 200 € |
| IR (19 %) | 6 650 € | 16 758 € |
| PS (18,6 %) | 8 533 € | 21 503 € |
| Surtaxe (PV > 50 k€) | 0 € | 764 € |
| Total impôt à la revente | ~15 183 € | ~39 025 € |
L'impôt total est multiplié par 2,6 dans cet exemple. Plus l'amortissement cumulé est important (plus longue détention, plus gros bien), plus l'écart se creuse.
Notre calculateur de plus-value LMNP chiffre automatiquement ce comparatif pour votre cas.
3. L'exception des résidences services
Quatre catégories de résidences services agréées sont expressément exemptées de la réintégration des amortissements (article 84, dispositions finales) :
- Résidences étudiantes agréées
- Résidences seniors avec services
- EHPAD (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes)
- Résidences pour personnes handicapées
Pour ces biens, le calcul de plus-value reste à l'ancienne méthode : pas de réintégration. C'est un signal politique fort du législateur, qui veut continuer à orienter l'épargne privée vers ces secteurs sociaux.
4. Les abattements pour durée de détention restent inchangés
Les barèmes d'abattement pour durée de détention n'ont PAS été modifiés par la LF 2025 :
- IR (19 %) : exonération totale à 22 ans (6 % par an de 6 à 21 ans + 4 % la 22e année)
- PS (18,6 %) : exonération totale à 30 ans (1,65 %/an de 6 à 21 ans, 1,6 % la 22e, puis 9 %/an de 23 à 30 ans)
Si vous détenez 22 ans, l'IR est à 0 quoi qu'il arrive (y compris sur la fraction réintégrée des amortissements). Si vous détenez 30 ans, IR ET PS sont à 0. La détention longue reste donc le levier le plus puissant pour neutraliser la nouvelle règle.
5. Trois stratégies pour minimiser l'impact
5.1. Détenir longtemps
La règle d'or : si vous comptez revendre, mieux vaut détenir 22 ans (exo IR) voire 30 ans (exo IR + PS). Sur des biens patrimoniaux, c'est cohérent avec une logique d'investissement long terme et de transmission.
5.2. Privilégier les résidences services
Les résidences étudiantes / seniors / EHPAD / handicap restent exemptées. Si votre stratégie est d'acheter pour amortir puis revendre dans 10-15 ans, ces produits redeviennent fiscalement attractifs.
5.3. Optimiser le plan d'amortissement
L'amortissement mis en réserve par la règle anti-déficit (CGI art. 39 C II) n'est PAS comptabilisé comme "pratiqué" — il n'est donc pas réintégré à la revente. Un paramétrage prudent du plan d'amortissement (en jouant sur les valorisations initiales et la répartition par composants) peut limiter mécaniquement la fraction réintégrée. Cela nécessite un expert-comptable ou un outil avancé.
6. Faut-il renoncer au régime réel à cause de la LF 2025 ?
Non, dans la grande majorité des cas. Le régime réel reste bien plus avantageux que le micro-BIC sur la durée pour un propriétaire ayant un emprunt et des charges. La LF 2025 réduit l'avantage, elle ne le supprime pas. Notre comparateur intègre déjà la nouvelle règle dans la projection sur 10 ans.
Le seul cas où il faut être prudent : les revendes à court terme (sous 5-7 ans). Dans ce scénario, vous accumulez peu d'années d'économie d'impôt sur le revenu mais subissez la réintégration à la sortie. Si vous savez que vous revendrez dans 3 ans, le micro-BIC peut redevenir préférable.
7. À retenir
- La LF 2025 art. 84 réintègre les amortissements dans la plus-value LMNP depuis le 15 février 2025
- L'impôt à la revente peut être multiplié par 2 à 3 par rapport à l'ancien régime
- Les résidences services agréées restent exemptées
- La détention longue (22 ans pour IR, 30 ans pour PS) neutralise totalement la règle
- Le régime réel reste avantageux dans 95 % des cas — sauf pour les revendes à très court terme
Sources : LF 2025 n° 2025-127 du 14 février 2025 art. 84, CGI art. 150 VB modifié, CGI art. 150 VC (abattements IR), CGI art. L. 136-7 (abattements PS), BOFiP RFPI-PVI-20-40.